« Fais pas genre ! » C’est tout d’abord deux professionnelles de Prévention Spécialisée, Peggy et Sandra, qui ont fait la démarche de vouloir comprendre le parcours de jeunes en questionnement et/ou en transition de genre, de trouver les ressources nécessaires pour les soutenir et les accompagner, d’en parler avec leurs collègues et avec les jeunes, sans « faire genre ».
Cela les a conduit à un temps de recherche des ressources au niveau local et national pour les jeunes mineur.es ou majeur.es se questionnant sur leur identité de genre, ainsi qu’à la sollicitation d’associations et de collectifs locaux. Elles ont aussi mobilisé des jeunes et des adultes concerné.es par un parcours de transition ; ainsi qu’Aurore qui est à la fois une personne concernée et une éducatrice spécialisée, et qui a pu nous accompagner tout au long de ce projet.
Ces temps de recherche et d’ateliers ont abouti à l’élaboration d’outils et de supports permettant de proposer une base de connaissances sur le vocabulaire approprié ; sur les faits concernant les risques auxquels ces jeunes peuvent être exposé.es en termes de santé, de violences et de discriminations ; et enfin, sur la posture attendue par les jeunes de la part des professionnel.les du travail social.
Ce projet a été saisi par les professionnel.les et les jeunes comme une opportunité de pouvoir échanger sur les difficultés rencontrées dans l’accompagnement sur ces questions d’identité de genre. « Fais pas genre ! » vient donc confronter les institutions à la place donnée à ces questions qui peuvent être « zappée » rapidement ; mais aussi à la place offerte aux jeunes en minorité qui ont peu (ou pas?) d’espaces pour traverser leurs questionnements, être accompagné.es dans leurs démarches, ou soutenu.es pour se positionner pour leur bien-être.
Trois livrables ont été produit:
- Un cube de 20 cm de côté que l’on ne peut pas cacher dans un tiroir ! Il prend de la place pour donner une place : c’est un sujet et c’est ok d’en parler !
- Une affiche en A2 pour donner des éléments de réponses et accueillir des questionnements
- Une cartographie en A3 construite comme une bibliothèque de ressources (du local au national) sur les thématiques suivantes : démarches administratives & cadre légal / santé & soin / espaces d’accueil, d’écoute, de soutien, d’info
« Fais pas genre ! », c’est aussi donner un élan pour une société plus inclusive et moins oppressive. Et pour mettre en lumière cette dernière phrase, nous vous partageons le texte d’Aurore rédigée à l’occasion de la présentation des résultats de cette aventure:
Pour vous parler de l’importance de la prise en compte des besoins spécifiques des personnes trans, et a fortiori des mineurs, je vais vous parler d’Enzo. Lorsque j’étais en stage en MECS, sur l’un des groupes de vie, il y avait donc Enzo, 14 ans. Quelques semaines après mon arrivée, il a fait son coming-out, et il a demandé à ce qu’on utilise le prénom “Enzo” et les pronoms masculins à son égard. La réaction des autres jeunes a été immédiate. Ils ont simplement respecté sa demande. En revanche, la réaction de l’équipe des professionnel·les n’a pas du tout été la même.
“Elle est trop jeune”. “Elle ne comprend pas”. “Son père a toujours voulu un garçon, donc elle fait ça pour se rapprocher de lui”.
C’est assez ironique de se dire que des professionnel·les censé·es protéger un enfant, ont, par ces affirmations violentes et sans jamais chercher à se renseigner, participé à la mise en danger, au rejet, à la négation de l’identité de cet enfant.
En France, la transphobie est là. Enracinée. Banalisée. Omniprésente. Les discours publics ne nous défendent pas. Voire ils nous dénigrent. La France ne nous protège pas. Pas assez. Pas réellement. Nous subissons un flot ininterrompu de violences spécifiques, verbales, physiques, psychologiques, sexuelles, administratives, médicales. Nous subissons des discriminations à l’accès à l’emploi, au logement, à l’éducation…
Ces violences sont systémiques. Elles usent. Elles isolent. Elles détruisent. Elles exigent que le simple fait d’exister devienne un combat, que trop d’entre nous perdent. Accompagner et soutenir des personnes trans, c’est leur permettre d’accéder à quelque chose d’aussi fondamental que leur statut de citoyen et de citoyenne, à leur droit, à leur dignité. En ces années où les agressions et les discours transphobes se font de plus en plus nombreux et de plus en plus décomplexés, ce genre d’initiative, construite avec des personnes concernées, mineures et majeures, apporte un peu d’espoir.
Je suis fière d’avoir contribué à ce projet porté par la Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence des Savoie. Il n’est cependant qu’un point de départ. Les formations et les outils qui en découlent sont des encouragements à aller plus loin. Je vous exhorte à continuer à écouter et à croire les personnes concernées, à continuer à vous renseigner.
La transphobie n’est pas une opinion. La transphobie est un délit.
Aurore MOINS
